de Jacaré-Brésil à Trinidad & Tobago : la Voie Express

 

Devinette : quel est le pays qui a la plus grande frontière commune avec la France ?

Mais non, ce n’est pas l’Espagne, c’est le Brésil, avec le département français de Guyane française, eh oui…

 

Claude part le 16 janvier à 19 heures, après une dernière caïpirinha : après avoir hésité entre le train, le bus ou le taxi, finalement elle profite du taxi que Philippe de Leaukido a demandé pour aller chercher sa femme à l’aéroport de Récife. Une après-midi brésilienne de gagnée, et Claude enchaine directement avec une semaine à la neige, ça va la changer des 30-35° de Jacaré !

Je prépare mon départ, je bricole sur le bateau, je range, je remplis les cales de provisions, je fais le plein d’eau. Je fais venir un électricien, un allemand et son « staff », comme il dit, son mécano, je fais changer 2 batteries, je passe de 300 Ampères à 400 Ampères et j’espère que j’aurai moins besoin de faire tourner le moteur en mer pour les recharger.

Je colle à la colle époxy les coulisseaux de la grand-voile, ces fameux coulisseaux qui m’avaient laissé tomber au passage de l’Equateur.

Et les soirées sont toujours aussi agréables, caïpirinhas avec Michèle et Roger de Tarann, et Philippe et Dominique de Leaukido.

Je fais de nombreux allers et retours à la banque, ici on ne paie pas avec la carte bancaire, mais en cash, la place de port, 200 litres de fuel, les batteries…

 

Je me plie au rituel des paperasses, une heure à la police fédérale, une heure et demie à la douane… La douane ouvre à 8 heures, j'arrive à 8h15. Le sous-fifre traite mon dossier, mais le responsable qui a le droit de mettre le coup de tampon n'arrive qu'à 9h15, et il lui faudra 30 minutes pour mettre ce fameux coup de tampon !

Je suis prêt.

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Ma route de Jacaré à Chaguaramas - un clic pour agrandir

Mercredi 21 janvier 2015

Faux départ : Attilio le marinero fait tout bien, et avec le sourire comme d’habitude, mais le moteur cale. Nouveauté ! Panique et catastrophe…

Roger monte à bord, et voit tout de suite que l’arrivée de fuel est coupée. Mes mécanos changeurs de batteries ont dû, dans la cabine arrière, repousser la vanne d’un coup de derrière malencontreux… Tout rentre dans l’ordre.

 

11h30, je quitte le ponton, et le Brésil, salué par Roger, Michèle, Philippe et Jean-Pierre, le belge de la marina. Je ne traîne pas trop, gros coefficient de marée, et je vais avoir du courant de face.

Je me dirige vers Trinidad & Tobago, juste au-dessus du Venezuela, avec un vague projet de stop en Guyane française. J’ai rendez-vous à Trinidad avec Noëlle le 16 février, ça va, j’ai de la marge pour arriver.

Je suis la côte brésilienne, je passe au large de Natal. Le bateau marche fort, 6 à 7 nœuds, tout va bien. J’installe l’hydrogénérateur dont j’ai fait ressouder une pièce en inox qui s’usait de façon alarmante.

 

 22 janvier : 138 milles, ça commence bien.

Je vais profiter tout le long de la route du courant nord équatorial qui longe la côte brésilienne jusqu’aux Antilles. On m’a parlé de 3 nœuds de courant, on m’a parlé de 1 nœud, on va voir.

Je suis parti avec pas de lune, et ça me plaît bien, car je vais la voir grossir et être de plus en plus haute pendant ma route.

 

Vendredi 23 janvier : 145 milles.

La routine des grandes traversées s’installe à bord. Je lis, je regarde un film en épisodes de 5 à 10 minutes, je fais des petites siestes, je cuisine, euh, pas beaucoup ! Je bois, ah oui beaucoup ! Des sodas, de l’eau, une bière au coucher du soleil : j’ai gardé le rythme brésilien, il fait très chaud, et je me déshydrate vite fait. D’ailleurs je ne reste pas dehors pendant la journée, et je me couvre. Le premier jour, je bricolais dehors torse nu, je rangeais le vélo, les amarres, les pare-battages, et assez vite je me suis retrouvé cuit à point !

 

Je croise pas mal de cargos, mais pas de dauphins, pas de baleines, et pas beaucoup de poissons volants. Je vois une daurade coryphène (un mahi mahi pour les tahitiens) sauter hors de l’eau à 3 mètres du bord.

Je suis près du vent arrière, le vagues viennent de l’arrière, le courant aussi, alors ça marche fort. Le bateau est bien à plat, la vie à bord est facile, pourvu que ça dure.

 

3ème journée : 120 milles. Je calcule ma moyenne, et je me dis que si ça continue comme ça, je vais exploser mes temps habituels.

La météo m’annonce des vagues entre 2 et 3 mètres, j’infléchis un peu ma route vers la côte pour le confort, mais je suis quand même très au large, entre 100 et 150 milles du Brésil.

 

4ème journée : 142 milles.

Dans la soirée le vent baisse. Je longe la côte que nous avons parcourue en bus ou en 4x4, Parnaiba, Barreirinhas, je rêve.

Un coulisseau de grand voile s’est à nouveau décollé, séance collage à l’époxy.

 

5ème journée : 117 milles. J’approche de l’Équateur, ce n’est pas le Pot au Noir que j'ai connu à la descente entre Cap Vert et Brésil, mais quand même, je vois approcher des grains.

 

20h28 : je passe l’Équateur du sud vers le nord, 0°00’ Sud 42°59’ Ouest.

Le vent revient doucement, et je suis revenu dans l’hémisphère nord !

Au petit matin, je me fais arroser, et même un peu secouer. Depuis 2 jours, j’ai reçu 3 ou 4 fois quelques gouttes, mais pas un seul vrai grain digne de ce nom.

 

6ème journée : 121 milles.

Un grain vient semer la pagaille dans l’après-midi, le vent tombe, tourne, puis tout rentre dans l’ordre une demi-heure plus tard.

Mais à 23 heures, alors là ! Je me prends un grain carabiné, avec 30 à 40 nœuds de vent, une pluie torrentielle ! Nicolas, le boss de la marina de Jacaré, m’avait parlé de ce genre de grains au large de l’embouchure de l’Amazone, je me méfiais… 2 ris, le génois à moitié roulé, j’attends que ça passe, en épongeant la pluie qui réussit à passer par la descente.

45 minutes plus tard, plus de vent !

 

7ème journée : 144 milles.

Encore un grain. Du vent, des vagues, ça devient fatigant et inconfortable… Le bateau est souvent entre 7 et 8 nœuds. Je suis au nord de Bélem.

 

8ème journée : 158 milles, mon record personnel sur 24 heures !

Il fait un temps magnifique, on fait des pointes à 9 nœuds, c’est assez excitant.

 

9ème journée : 157 milles.

J’arrive dans les eaux territoriales françaises, au large de la Guyane française. J’ai décidé de ne pas m’y arrêter. Depuis quelques semaines, j’ai fait mon enquête, et la réputation des ports et des mouillages de Guyane est assez déplorable : pontons pas entretenus, voisinage pas très accueillant, fonds pas très sûrs pour mettre son ancre… Je continue.

Je fais des pointes entre 10 et 11 nœuds. Pendant la nuit, je fais 8,5 nœuds de moyenne sur 2 heures…

 

10ème journée : 181 milles en 24 heures, RECORD !

Après cette performance historique, si si, le vent baisse un peu. Mais pas le courant ! La cavalcade continue.

Dans la soirée, je quitte les eaux territoriales françaises.

La nuit est parfaite, la lune est presque pleine.

Je vois de plus en plus de poissons volants, et souvent des gros ! C'est un spectacle toujours formidable, de les voir décoller, virer sur les vagues, plonger et redécoller à 90° de la direction précédente ! Parfois le matin j'en trouve, égarés et desséchés sur le pont, mais ce sont des tout petits.

 

11ème journée : 128 milles.

Je dois surveiller les cargos, je suis à peu près sur la même route qu’eux, ils arrivent du Brésil, d’Afrique ou parfois même de l'Océan Indien, et vont vers les Antilles ou Panama.

Le courant est toujours là, mais parfois il sinue un peu en suivant la côte, et m’oblige à rectifier mon cap. Parfois il y aura 40° d’écart entre mon cap compas et ma route sur la carte !

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un cargo qui ne passe pas très loin, je surveille...

12ème journée : 121 milles.

Rien à dire, ça marche bien. Je commence à faire des calculs pour mon heure d’arrivée, comme d’habitude je ne veux pas arriver en pleine nuit.

 

13ème journée : 130 milles.

Je vais arriver entre 22 heures et 2 heures du matin… Pour ralentir, je prends le 3ème ris, puis je mets les voiles en ciseaux, et finalement j’affale la grand-voile et ne garde que le génois. ça sera la bonne solution jusqu’à la fin, je suis vent arrière. Mais je suis quand même entre 4 et 5 nœuds.

Et le ciel commence à ressembler à un ciel d’alizés, comme je les aime !

 

14ème journée : 114 milles.

Je croise de plus en plus de cargos, et même un bateau de pêche. Je vois 3 plateformes pétrolières : eh oui, comme le Venezuela, Trinidad & Tobago produit du pétrole.

20 heures, je commence à voir les lumières de Tobago, puis celle de Trinidad. je vais être cerné par les cargos toute la nuit, parfois 7 ou 8 en même temps : que je suis content d’avoir l’AIS…

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Indeed cerné par les cargos !

Je fais les derniers 50 milles de nuit, et je ne dors presque pas, à part des petites siestes de ¼ d’heure. Les cargos sont sans pitié, ils m’obligent à manœuvrer. Je fais les dernières heures au moteur, le vent tombe.

7h30, le soleil est là et je vois un voilier, le premier en 2000 milles !


Pour arriver à Chaguaramas, j’embouque le passage « Boca de Monos », ayant vu un bateau de transport rapide de passagers le prendre juste devant moi, à 18 nœuds.

Et je me retrouve dans un chenal entre 2 collines, façon Raz de Sein à contre courant ! Moteur à fond, je suis à 1,5 nœuds, cramponné à la barre pour aller à peu près droit. Du vrai rodéo !

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La "boca de monos", un vrai raz de Sein !

J’arrive à Chaguaramas le jeudi 5 février à 11h15, j’ai mis juste 15 jours pour faire 2021 milles, environ 135 milles par jour. Belle moyenne !

 

Je retarde ma montre d’une heure, ici c’est GMT – 4, je vais faire les formalités de douane, tout est bien.

Je m’installe au « dockyard » Powerboats, je suis là pour faire retoucher mes voiles : je veux changer ces coulisseaux qui me jouent des tours, et puis faire faire quelques coutures sur le génois. Et le Carnaval approche, un des plus beaux du monde, à ce qu’on dit !

 

J’ai loué une voiture : ça n'a pas été facile, pendant la période du carnaval tout est loué, bien sûr. Alors j'en ai pris une jusqu'au 20 février, après on verra. Et ça à un prix raisonnable, 21 € par jour, rien à dire, mais alors cette voiture est bien pourrie, elle est très couleur locale, une vraie bagnole de rasta ! Elle roule, que demander de plus ? Quand même, j'apprécie la clim, même si elle n'est pas réglable, c'est tout ou rien. Je ne parle pas des voyants d'ABS ou d'airbag toujours allumés, ni des innombrables chocs et pocs, et des accessoires déglingués ou manquants ! Du coup je commence à explorer l'île, entre 2 bricoles sur le bateau.

J'allais oublier : ici le super coûte 0,37 euro le litre. Ça donne envie de rouler...

Noëlle arrive le 16 février au soir, le carnaval démarre le 15, jusqu'au 18 février. Et on commence à parler de projets de croisière vers Grenade et les Grenadines, mais ce sera une autre histoire !

 

à Chaguaramas, à bord de Indeed, mercredi 11 février 2015

"Derrière l'horizon", le DVD qui retrace 20 ans de navigation autour du monde de Bruno et Catherine à bord de Nosy Bé

Depuis 20 ans, Bruno et Catherine naviguent autour du monde, à bord de leur Romanée Nosy Bé. J'ai croisé leur route à Tahiti en 2007-2008.

Si vous voulez visionner ce DVD évènement qui retrace leurs aventures, commandez-le d'un mail à contact@jourjproductions.com

28 € (25 € + 3 € de port en France métropolitaine).

Arlette Girault-Fruet a obtenu

le Grand Prix de la Mer 2015 pour

"La Non Trubada, la question des îles errantes dans les navigations d'autrefois"

octobre 2014 - CLASSIQUES GARNIER.

Toutes nos félicitations, Arlette.

Allez voir la page "Les îles perdues", on y parle de ce livre superbe, un bel objet. Et aussi de Tintin !

 

Les bonus vidéos

INDEED en mer d'Iroise

Quelques images d'Indeed dans les îles de la mer d'Iroise, avec le dauphin Randy à l'île de Sein en invité surprise.

Transat retour Açores - Bretagne :

Ambiance de la transat retour Açores-Bretagne, dans le carré, sur le pont ou devant l'étrave, il y a toujours quelque chose à voir.

Indeed au Royaume de Redonda - Une île déserte, et pourtant elle a un roi depuis le 19ème siècle. Une drôle d'escale.

Petite Terre - Sargasses, iguanes et barracudas -  Une réserve naturelle très protégée au sud-est de la Guadeloupe.

 La vie du récif des îles de Gwadloop - Un vrai bonheur de plonger sur le récif - un bonheur ? Non, un enchantement !

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Les dessous d'Indeed, tout ce que vous avez toujours voulu voir d'Indeed sans jamais le pouvoir, parce que vous avez peur de mettre la tête sous l'eau !

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Serpents de mer et colibris - le bonheur de voyager sous les Tropiques, c'est de contempler des animaux qu'on ne connaissait que dans les livres ou au cinéma, dans l'eau, dans l'air, sur terre.

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Quelques vues du Carnaval des écoles à Trinidad & Tobago.

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 INDEED et les dauphins, un rêve marin en vidéo en un clic.

Allez aussi voir les journaux de bord du mois d'août 2014 : Molène, Le Port Rhu, les Glénan...

"Favet Neptunus eunti" : "Neptune est favorable à ceux qui voyagent" !

Rue du Treiz à Douarnenez

48°05' Nord / 4°20' Ouest